De la Côte d'Or à Antioche,
à partir d'Antalya


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En terre "croisée"...

De 1096 à 1291, la papauté va initier 8 Croisades, des "guerres justes" (!), dont l'objectif est de délivrer la Terre Sainte aux mains des "infidèles" (les musulmans) à la suite de la défaite de Mantzikert, infligée par les Turcs seldjoukides aux Byzantins en 1071. Ces expéditions coûteuses mêlaient pèlerins et chevaliers en armes, de même que les buts réellement poursuivis étaient mêlés.

D'autres croisades dont l'objectif n'était plus la délivrance de la Terre Sainte virent le jour à partir de 1241. Celle de 1241contre les Mongols en Europe centrale et au XIVe s., celles menées contre le paganisme balte ou contre le Mongol Tamerlan dans le Caucase ou contre les hérétiques hussites de Bohème (5 croisades de 1421 à 1435). Mais souvent aussi l'enjeu de croisades fut lié à des conflits entre des souverains européens!

La préoccupation de l'Orient redevint centrale au XIVe s.. En 1333, le pape institue une Sainte Ligue pour lutter contre les pirates Turcs en Mer Egée de plus les empereurs grecs sollicitent un appui du fait du danger créé par les Turcs Ottomans, qui conquièrent peu à peu l’Empire byzantin.

De nombreuses croisades furent encore organisées du XIVe au début du XVIIIe s. contre les Turcs et les Barbaresques.

...et arménienne!

Après l'effondrement de la Grande Arménie qui avait prospéré aux XIe et XIIe s., certains Arméniens s'étaient exilés dans ces contrées, en particulier en Cilicie (à la charnière entre l'Anatolie et la Syrie, au fond du golfe d'Iskenderun), appelée alors "Petite Arménie".

Un long itinéraire de près de 700 km va nous permettre la découverte de la côte sud-est de la Turquie en deux jours.
L'est du pays constitue une destination touristique peu fréquentée contrairement à l'ouest du pays que nous laissons derrière nous ou qu'au centre que nous visitons en début (Antalya) en fin (Cappadoce et Konya) de circuit. D'où un groupe également plus réduit, de plus petits hôtels et de petits restaurants typiques (beaucoup de viandes grillées ou de légumes farcis)...
Par exemple, les
kofteh ou köfte (keftas en version arabe). Ce sont des boulettes de viande hachée que l'on sert au Moyen-orient, au Machrek (Maghreb étendu), dans les Balkans et jusqu’au sous-continent indien. Généralement ces boulettes sont à base de viande de bœuf, d'agneau, voire de chèvre, mélangée avec des oignons, épices, aromates et autres condiments. Elles peuvent se présenter directement en boulettes ou collées autour d'une brochette plate épaisse (adana kebap par exemple).


Une première étape nous conduit à ANAMUR ("Anamurium"), à l'extrême pointe sud de la côte turque méditerranéenne (si l'on excepte, l'appendice levantin d'Antioche, à l'est). Il s'agit d'un site d'origine phénicienne devenu romain puis byzantin qui finalement a été pillé par les Arabes au VIIe s.

Il s'agit tout à la fois d'une vaste nécropole avec ruines d'églises et de tombeaux, de vestiges d'un odéon et de thermes, le tout dominé par une "acropole" dont subsistent des éléments de fortification.

ANAMUR - ruines romaines et byzantines. ANAMUR - ruines romaines et byzantines. ANAMUR - ruines romaines et byzantines.
ANAMUR - ruines romaines et byzantines.


Notre circuit se poursuit par une visite de la forteresse ottomane de Mamure Kalesi datant du XIVe s. qui s'est substituée à celle qu'avaient bâtie les Byzantins puis des Arméniens.

Nous poursuivons par la curiosités naturelles et archéologiques que constituent les Grottes (ou gouffres) du Paradis et de l'Enfer. Évidemment notre visite n'est consacrée qu'à la première! Au fond du gouffre dont l'accès est périlleux en raison de l'humidité des marches, s'est réfugiée une ancienne église byzantine...

MAMURE KALESI - forteresse ottomane (XIIIe s.). MAMURE KALESI - forteresse ottomane (XIIIe s.). Le Gouffre de l'Enfer.
MAMURE KALESI - forteresse ottomane (XIIIe s.). Le Gouffre de l'Enfer.



Notre dernière étape vers Antioche nous fait encore longer la côte, notamment à Kiz Kalesi où deux château d'origine arménienne se font face à faible distance, l'un sur le rivage ("Korigos") l'autre sur la mer, c'est "le château de la jeune fille" (kiz kalesi).

Selon la légende, un prince arménien avait fait bâtir ce dernier château pour soustraire sa fille à une malédiction selon laquelle elle mourait d'une morsure de serpent. Précaution inutile puisque un jour elle prit des fruit dans une corbeille où se cachait un reptile.

Nous poursuivons par un arrêt à Tarsus, la ville d'où naquit St Paul et où certains se risquent à se désaltérer auprès de marchands ambulants avec une boisson qui serait du jus de betteraves rouges (?).

Puis plus dans l'intérieur, nous traversons la grande ville moderne d'Adana (4e ou 5e du pays avec 1,3 million d'habitants) où l'on peut voir une grande mosquée flambant neuve financée par l'Arabie Saoudite.

La route n'a ramène au bord de la Méditerranée, plus précisément au golfe d'Iskenderun. Nous traversons cette ville qui servait de terminal pétrolier à l'Irak jusqu'à ce que la Guerre du Golfe de 1991 conduise à décréter un embargo sur les exportations pétrolières irakiennes.


Enfin, nous voici à ANTIOCHE (Antakya), ville rendue célèbre par St Paul qui y avait des "paroissiens" difficiles (luxe et débauche!).
Cette ville avait été fondée vers -300 et atteignit une population de 500 000 habitants.
Elle fut fondée par Séleucos Ier qui en fit sa capitale. Ce souverain était l'un des généraux d'Alexandre le Grand, personnage important dont nous reparlerons bientôt lorsque nous serons arrivés au "clou" du voyage, le Nemrut Dag!
La ville d'Antioche fut victime de sa prospérité en attirant la convoitise des Croisés, Byzantins, Arméniens, Mamelouks égyptiens.

Aujourd'hui, cette ville est la capitale de la province arabophone de Hatay qui fut annexée par la Turquie en 1939 lorsque la France administrait le Mandat du Levant (Syrie et Liban) qui lui avait été confié par la Société des Nations en 1920.
Le statut de sandjak d'Alexandrette (nom donné à l'époque à cette région) fut entériné par la Turquie par le Traité d'Ankara de 1921. Les pressions exercées par la Turquie sur la France à ce sujet depuis 1936 aboutirent à la brève indépendance de la province en 1938 qui fut détachée de la Syrie. Cette intégration tardive dans la république turque (fondée en 1923) lui  a permis de conserver son particularisme culturel, religieux  et linguistique: si les Turcs y sont bien présents, il faut savoir que  le tiers des 1,5 millions d'habitants de la province sont arabes majoritairement alaouites mais certains sont chrétiens, auxquels il faut encore ajouter des Kurdes, des Arméniens...


Nous apprécions particulièrement les visite de son bazar (ce terme d'origine persane désigne le marché, il est repris par les Turcs et équivaut au souk arabe).
Quant à son musée, il présente de merveilleuses mosaïques antiques ce qui en fait la seconde référence en ce domaine (après le Musée du Bardo à Tunis). Nos découvertes se continuent avec la Grotte de St Pierre
.

KIZ KALESI - le château de la jeune fille (XIIe s.). ADANA, une mosquée flambant neuve. ANTIOCHE, la grotte St Pierre.
KIZ KALESI - le château de la jeune fille (XIIe s.). ADANA, une mosquée flambant neuve
financée par les Saoudiens.
ANTIOCHE, la grotte St Pierre,
première église chrétienne d'Antioche.
Elle aurait accueilli St Pierre et St Paul.
La façade date des Croisades.


Pour nous rendre au Mont NEMRUT, d'Antioche à Adiyaman, nous parcourons une contrée aride, à la frontière de la Syrie parfois distante de moins de 20 voire 10 km... on y voit des blindés turco-américains en pleines manoeuvres !

En arrivant à Andiyaman, notre guide nous signale l'existence d'un campement turkmène, des nomades pasteurs (les paysans leur confient la garde de troupeaux dans les montagnes) en voie de sédentarisation, mille ans après les premières tribus turkmènes parvenues en Anatolie...



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TURQUIE orientale