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Un
long itinéraire de près de 200 km (de l'ordre de
5h30 de trajet) vers le sud-ouest, nous conduit vers MADURAI.
Quatre arrêts permettent de nous dégourdir les jambes, de boire un
thé indien et surtout de faire des rencontres.
Le premier arrêt,
assez bref, a lieu dans un village. Achats de noix de cajou à
une famille dont tous les membres décortiquent le fruit (la récolte
a eu lieu en avril). C'est un travail laborieux, du moins dans sa version artisanale.
Le fruit de l'anacardier, déjà débarrassé de sa pulpe,
livre une noix qui doit être grillée (un peu comme nos châtaignes)
puis brisée pour en extraire l'amande délicieuse.
Le second arrêt a lieu dans une école publique (du gouvernement
du Tamil Nadu) entre Tanjore et Pudukkottai.
La
scolarité obligatoire dure 10 années (de 6 à 16 ans), jusqu'au
brevet. La scolarité est gratuite, y compris le repas de midi ce qui peut
motiver certaines familles mais en revanche elles paient l'uniforme. Les élèves
les plus brillants peuvent obtenir des bourses pour continuer leurs études.
Le président de l'Union Indienne, scientifique (spatial) musulman
d'origine tamoule très modeste, fait une priorité de l'éducation.
Ainsi l'Inde pourra plus que jamais devenir le bureau d'études du monde!
On compte 100% de lettrés au Kerala, 80% ici au Tamil Nadu et encore moins
au Karanataka (l'Etat indien le plus en retard est le Bihar, dant le nord du pays).
La rivalité linguistique qui oppose le sud tamoul et le nord parlant
l'hindi lequel a le statut de langue nationale (alors que le tamoul n'est
que l'une des langues officielles) conduit à un boycott de l'enseignement
de cette dernière langue au Tamil Nadu.
On retrouve cette rivalité
culturelle au travers de l'opposition entre le cinéma de Chennai (Madras)
et celui de Bollywood !
Il
y a encore beaucoup d'enfants à scolariser.
Si le taux de natalité
est bien maîtrisé au Tamil Nadu avec 2,1 enfant par femme (niveau
de la France) pour une moyenne nationale voisine de 3, qui est aussi celui du
Kerala, il s'élève jusqu'à 6 au Karnataka.
L'Inde a opté
pour la solution de faire évoluer les mentalités plus par l'éducation
(après une étape sournoise à l'époque d'Indira Gandhi
où l'on troquait un transistor contre la stérilisation masculine)
que par la contrainte, contrairement à l'option prise par la Chine.
L'école qui compte
environ 1200 élèves, va du primaire à la fin
du collège. La discipline est très stricte et respectée.
L'égalité est affirmée par le port d'uniformes. Souvent les
élèves viennent de loin, jusqu'à 10-15 km et parfois
sans moyen de transport.
Sanjay, notre guide, a des contacts réguliers
avec le directeurs et nous incite à offrir crayons, cahier ou argent (achat
de tables pour les élèves)...
Nous assistons à l'entrée
des petits, peu équipés et assis à même le sol dans
des classes qui peuvent compter jusqu'à plus de 60 élèves.
Des rôles sont attribués pour assister les maîtresses (tenue
du cahier de présence...) dans des classes de 60 élèves.
En cas d'absence, le directeur contacte les parents.
Puis c'est le rassemblement
des grands, alignés au cordeau. Chant de l'hymne national, lectures édifiantes
(en tamoul) par des élèves choisis... puis dispersion vers les classes
ou en petit groupes assis par terre, à l'extérieur pour ceux qui
doivent passer le brevet dans les jours suivants.
Petits tour par les cuisines.
L'épluchage des légumes se fait à l'extérieur, avec
des couteaux à pied afin de pouvoir travailler assis par terre.
Bracelets (ou plus exactement chaîne) de chevilles.
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Troisième arrêt
dans un village pour se dégourdir et se désaltérer d'un thé
indien pour lequel il n'y a toujours qu'un petit groupe d'amateurs.
Le chay
ou tchay, est un thé au lait (3/4 du breuvage!), très
sucré et chaud (il est chauffé dans une sorte de grosse bouilloire
en cuivre). Pour le faire mousser, il est transvasé plusieurs fois de suite
d'un récipient à un autre, en le faisant couler d'une grande hauteur(
l'écart entre les bras écartés au maximum en hauteur). Spectaculaire !
Regards dans les boutiques des
repasseurs, des tailleurs qui forment des apprenties...
Et comme dans beaucoup de villages indiens, des monceaux de pneus usagés
de voitures et de camions sans doute destinés à être rechapés
et donc à assurer une sécurité plus que douteuse...
Bref arrêt au pied
de la forteresse de Tirumayam datant du XVIIe s. et créée
par le sultan Tipu qui a combattu longtemps contre les Anglais (nous ferons plus
amplement connaissance avec le personnage dans quelques jours, dans la région
de Mysore, sur l'autre versant de la péninsule.
Quelques hommes y font
leur toilette et on y voit aussi quelques lavandières .nous approchons dun
groupe de 60
Forteresse
de Tirumayam.
La
route en chantier (travaux de mise à 4 voies entre Tanjore et Madurai)
est très cahoteuse et poussiéreuse mais nous avons la chance de
ne pas la parcourir en période de mousson. Par moment nous apercevons en
pleine nature des
paons sauvages et des singes macaques. A propos
de ces derniers, on apprend qu'il ne faut pas leur sourire car le fait de voir
les dents de son vis-à-vis est interprété par le singe comme
un signe d'agression.
Nous ne sommes plus dans un paysage verdoyant de
delta. Ici la terre est rouge, desséchée et souvent la roche granitique
affleure.
A
ce propos, Sanjay nous donne des explications sur la géomorphologie
du sous-continent indien. La plaque qui le constitue s'enfonçant sous
l'Asie centrale cela a deux conséquences: dans le nord-est, c'est l'enfoncement
sous la plaque asiatique et donc la pousse de l'Himalaya (avec les divers
séismes que cela induit) et la dépression du Gange tandis que dans
le sud-ouest, cela entraîne le relèvement du Dekkan avec une
érosion qui fait apparaître le vieux socle cristallin. On peut constater
aussi une dissymétrie qui fait que l'ouest du Dekkan est plus élevé
et qu'en conséquence le réseau hydrographique est orienté
vers l'est.
Dès qu'un peu d'irrigation est possible, on
voit quand même de grandes parcelles de maïs, des vergers d'anacardiers,
bananeraies, rizières... Certains sols peu fertiles vont encore l'être
moins en raison de la plantation d'eucalyptus (utilisation pharmaceutique)...
Nous
arrivons dans une région comptant une soixantaine de villages comprenant
chacun des dizaines de grandes maisons ayant appartenu à des négociants
en teck, communauté des Chekia. Ces maisons occupent sur un hectare lespace
entre deux rues. Leur commerce entre la Birmanie et lEurope a été
facilité il y a 150 ans par la présence anglaise, ce qui a assuré
la fortune dun grand nombre de familles de la région. Elles ont ensuite
rejoint Madras ou les Etats-Unis mais continuent dentretenir ces maisons
maintenant vides pour la plupart.
Pour être réellement résistant,
le teck doit venir darbres ayant au moins 50 ans. A ce jour il ne reste
plus que quelques arbres de plus de 100 ans.
Dans le village de Kanadikatan,
on peut voir des maisons composée de plusieurs cours et dune charpente
tout en teck (300 tonnes !).
Région de CHETTINAD - petits palais.
| Pauvre GANDHI !
Dans ce pays, le
bakchich ou le pot de vin sont monnaie courante pour obtenir quelque chose ou
accélérer son obtention (téléphone, passeport...).
Ces détournements représentent annuellement 210 milliards INR (3,6
milliars d'€uros). |
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Nous finissons par arriver dans la région de Chettinad renommée pour sa cuisine particulièrement relevée et ses extravagants petits palais baroques du XIXe s. construits par de riches marchands qui travaillaient le teck et LE laque (en effet, dans ce sens, le mot est du genre masculin!) provenant de Birmanie et par des banquiers (usuriers).
LE
laque est un vernis végétal tiré de la gomme-résine
ou sève tirée du laquier (arbre de la famille des sumacs, originaire
de Chine) et également de certains autres arbres extrême-orientaux.
Au Vietnam, on l'importe du Laos. Cette matière a une double fonction:
protection (contre le pourrissement et les termites notamment) et décoration.
La technique du laque artistique de qualité nécessite de passer
jusqu'à 20 couches de laque, avec ponçage entre chaque application.
Des pigments peuvent y être incorporés ainsi que des incrustations
telles que peintures, coquilles d'oeuf, dorures ou nacre. Le cycle de fabrication
s'étale donc sur plusieurs semaines.
Nous
arrivons dans une région comptant une soixantaine de villages dont celui
de Kanadikatan.
Ces activités
faisaient la prospérité d'une soixantaine de villages de la région
comprenant
chacun des dizaines de grandes maisons ayant appartenu à des négociants
en teck, communauté des Chekia. Ces maisons occupent sur un hectare lespace
entre deux rues. Leur commerce entre la Birmanie et lEurope a été
facilité il y a 150 ans par la présence anglaise, ce qui a assuré
la fortune dun grand nombre de familles de la région.
L'indépendance
de la Birmanie en 1948 a mis fin à ces activités lucratives et ces
riches familles se sont installées dans les grandes villes du sud.
Elles ont ensuite rejoint Madras ou les Etats-Unis mais continuent dentretenir
ces maisons maintenant vides pour la plupart.
Pour être réellement
résistant, le teck doit venir darbres ayant au moins 50 ans. A ce
jour il ne reste plus que quelques arbres de plus de 100 ans.
Dans
ce village presque vide, la présence de trois écoles publiques,
de deux petits hôpitaux et d'une petite université polytechnique
témoigne de cette ancienne richesse.
Nous visitons deux de ces petits palais dont les pièces sont disposées
en enfilade entre deux rues et
comportant plusieurs cours. Evidemment, la charpente est tout en teck (300 tonnes
!). Schématiquement le plan de ces
palais qui sont juxtaposés est le suivant: la façade principale
s'ouvre sur un agréable espace de réception où se négociaient
les affaires puis l'on passe à des espaces plus privés de salons,
de cours intérieures entourées de galeries donnant accès
à des réserves et pour finir, des espaces domestiques (cuisines,
réserves).
Dans la construction de ces palais, il y a une débauche
de matériaux rares ou précieux tels que marbre de Carrare ou teck
de Birmanie !
Déjeuner
traditionnel dans une ancienne demeure traditionnelle. Tous les mets sont servis
en même temps à même une feuille de bananier qui sert de thali,
c'est-à-dire de plateau, ce qui facilite les choses lorsqu'il s'agit de
débarrasser la table.
Mets toujours succulents et digestes bien
que certains soient des sortes de beignets cuits dans une friture à base
de ghee, autrement dit de beurre clarifié (cf
.encart un peu plus loin).
Evidemment, pour coller à
la tradition, il faut manger avec les doigts (et toujours de la main droite) !
CHETTINAD - repas traditionnel.
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Encore
un petit coup de bus et de route difficile en direction de MADURAI...
L'aridité n'est pas loin. C'est pourquoi on
voit par endroit diverses espèces de cactées qui sont souvent les
seuls végétaux à donner une touche de verdure au paysage:
grands cactus arborescents, figuiers de Barbarie utilisés pour clore des
parcelles, sortes d'aloès...
Dans
les lointains, on aperçoit de petites montagnes et l'on voit des carrières
de granit clair sur des kilomètres. On est
un peu moins étonné par l'emploi fréquent du granit que ce
soit pour la construction des monuments ou pour la sculpture mais aussi pour un
usage bien plus banal puisque l'on en tire de simples poteaux de clôture
pour les champs.
Les aigrettes (et des
sortes de petits corbeaux) font une cours assidue aux ruminants, dans l'attente
de bouses ? (quand ils ne se font pas transporter sur leur dos!).
Dans la
chaleur du milieu de journée, on peut voir des femmes manoeuvres sur des
chantiers de construction (montant les seaux de ciment avec un palan ou transportant
des briques ou des moellons). Le résultat, ce sont des maisons ou des immeubles
coquets.
Une montagne surnommée "l'éléphant"
à cause de son profil particulier annonce notre arrivée prochaine...
MADURAI est une
ville de près d'un million d'habitants. Elle est située dans
l'intérieur, entre les Ghâts et la côte (Golfe de Mannar distant
de 100 km).
La
dynastie des Pandyas qui avait fait de Madurai sa capitale serait apparue
dès 500 av. J-C mais dont la puissance n'a été assurée
que depuis la fin du VIIe s. jusqu'au XIVe s. Puis elle devient
pour un demi-siècle vassale du sultanat de Delhi avant d'être conquise
par le puissant empire Vijayanagar (dont la capitale Hampi est au centre de l'Etat
de Karnataka). A la disparition de cet empire, au XVIe s., un gouverneur
hindou fonda ici la dynastie des Nayaks qui dura deux siècles.
C'est fut donc aussi l'ancienne capitale des Nayaks avant le transfert à
Trichy au début du XVIIIe s.
Madurai
est la capitale religieuse du Tamil Nadu, "ville sainte née d'une
goutte de nectar tombée de la chevelure de Shiva" selon la tradition.
On
visite successivement:
-
le Palais de Thirumalai Nayak est réduit à
l'état de vestiges d'un palais indo musulman du XVIIe s.(1627-59)
qui était 4 fois plus vaste. Il fut abandonné
après le transfert de la capitale des Nayak à Trichy et abandonné
jusqu'à sa restauration partielle à l'initiative des Anglais.
La cour créée à la fin du XIXe s. est entourée
de portiques aux lourds piliers de 12 m de haut et forme le coeur du palais.
Le pavillon céleste construit au XVIIes. abritait le
trône du prince. L'ouvrage réalisé par un architecte italien
est peu raffiné comme en témoigne le défaut d'alignement
des piliers.
Le théâtre (et salle de bal), Natakasala, sert
désormais de petit musée avec une galerie
des bronzes et des statues de pierre...

MADURAI -palais de Thirumalai Nayak.
| Le beurre clarifié ou ghee s'obtient par une technique qui permet de dissocier les trois éléments qui constituent le beurre: caséine (protéines), graisse (lipides) et petit lait afin d'isoler les lipides et ainsi de pouvoir mieux les conserver. L'obtenir... Mettre
le beurre dans la casserole et faite chauffer à feu très doux, ou
mieux, au bain-marie afin de le faire fondre le plus doucement possible pendant
1h30 à 2 heures. Ne pas remuer, la caséine (protéine du lait)
forme une mousse en surface. Sous cette mousse on aperçoit le corps gras
et, tout au fond, le petit lait. Le
corps gras liquide ainsi obtenu se figera progressivement. L'utiliser... Autre avantage, le beurre ainsi clarifié supporte beaucoup mieux les hautes températures (les fritures sont donc ainsi possibles encore mieux qu'avec l'huile d'olive) et sans prendre un goût de brûlé. Le
beurre clarifié, à l'arôme de noisette, est largement utilisé
dans la cuisine indienne mais il est également utilisé de façon
rituelle dans les cérémonies religieuses hindoues ou pour allumer
les ...bûchers de crémation ! |
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A la lueur du soleil déclinant,
il est très agréable de passer un instant à
contempler le reflet des gopurams dans le Bassin des Lotus d'Or.
Chacun de ces gopurams comporte plus de 1000 sculptures (1511 pour celui du sud).
Fresques de Ganesh en pagaille sur les plafonds de galerie. Statue de Ganesh dans
le mandapa aux 1000 piliers (985 paraît-il). Un considérable travail
de restauration de fresques murales est engagé mais déjà
des problèmes d'humidité les compromettent.
Deux puissants dvarapalas,
les gardiens, dissuadent les non Hindous de pénétrer dans le sanctuaire
de Minaskshi.
MADURAI -temple de Minaskshi.
En revanche, nous profitons de la terrasse d'un magasin voisin
pour avoir une vision nocturne sur l'ensemble du temple.
MADURAI -temple de Minaskshi.
Après une telle journée,
une bonne nuit de repos s'impose...
INDE du sud